Le vote de la "directive retour" par nos chers eurodéputés le 18 juin 2008 est une grave atteinte aux droits
fondamentaux de la personne humaine, et nous appelons tous les citoyens européens à ouvrir les yeux sur le traitement que l'on réserve aux sans-papiers dans nos pays soi-disant "civilisés". (Au
pasage, soulignons que pour ce genre de texte, l'UE n'est pas en crise et ne subis pas le contre-coup du non irlandais que je salue avec enthousiasme...). La France, "pays des Droits de l'Homme
et des Lumières", et à ce titre destination appréciée des opprimés de tous pays qui recherchent sécurité, émancipation personnelle et collective mais aussi la possibilité de vivre sans craindre
pour leur vie à chaque instant, devient au fil des jours depuis la nomination de Monsieur Hortefeux au ministère de l'immigration et de l'identité nationale (ou ministère de la rafle et du
drapeau comme le dit RESF) le pays des non-droits de l'Homme. Ainsi, un slogan nationaliste repris par un certain Nicolas il y a à peine quelques mois, le fameux "la France, aimez-la ou
quittez-la !", est ressorti pour justifier la politique d'immigration actuelle. Or, en aucun cas il ne s'agit d'une simple politique, avec des textes clairs et respectés, mais bien plutôt
d'une chasse aux immigrés sous couvert d'une lutte contre les passeurs et ceux qui exploitent la misère des populations du Sud (ainsi que l'a bien montré le discours de monsieur Hortefeux que
l'on a pu suivre il y a quelques jours). Mais, il s'agit ici d'interdire la France (et maintenant l'Europe) à des personnes qui y vivent depuis plusieurs années, y travaillent, paient des impôts
et participent donc à la solidarité nationale alors même que des entreprises comme Total ne paient pas tout ce qu'elles devraient à l'Etat, dont les enfants sont scolarisés en France et
réussissent très souvent leur parcours, et qui sont pour beuacoup d'entre eux très intégrés dans la vie locale, autant dans les associations que dans les conseils de quartiers ou autres
comités d'animations.
Il me semble que ces personnes-là ont plus que fait la preuve de leur attachement à la France! Elles en ont accepté les règles en payant leurs impôts et en scolarisant leurs
enfants, lesquels sont entrés de plein-pied dans la vie française en investissant énormément la scolarité, et sont impliquées dans la vie locale! Oui, me dira-t-on, elles
n'ont pas de papiers! Et alors? la belle affaire! La plupart de ces personnes n'ont pas de papiers à cause d'une décision préfectorale arbitraire lors de la demande de
renouvellement de la carte de séjour! Rappelons également que beaucoup des personnes dites actuellement sans-papiers devraient être régularisées au vu des différentes circulaires Sarkozy sur les
enfants scolarisés ou les années de travail en France, mais ne le sont pas car voyez-vous, la vie d'un sans-papier cela ne se respecte pas, on peut la briser comme ça d'un trait de plume, un
sans-papier ça ne va quand même pas se mettre à réclamer qu'on respecte la loi, puisqu'il ne la respecte pas lui-même, et puis, il faut bien remplir les quotas !!!! (quitte à avoir des morts sur
la conscience).
Certaines décisions sont ainsi du plus haut ridicule : un couple mixte franco-tunisien qui souhaitait se marier à la fin de leur cycle d'études en juin 2008 (mariage prévu
depuis juin 2007) se voit notifier l'expulsion de l'homme tunisien. Celui-ci interpelle alors le préfet au motif que cela "porte un coup disproportionné à sa vie privée" et demande
à celui-ci de revoir sa position. Réponse du préfet: "cette décision ne porte pas de coup disproportionné à la vie privée et familiale de monsieur, au motif que celui-ci n'est pas marié
et que rien n'empèche mademoiselle de le suivre en Tunisie" !!!
Non vous ne rêvez pas !!! Le préfet veut expulser cet homme qui vit en France depuis plus de 5 ans, par un caprice incompréhensible car rien dans sa conduite ne le justifie, et il
prend comme argument le fait que si monsieur est géné car il ne peut se marier en France, sa fiancée n'a qu'à le suivre en Tunisie ! Rappelons que mademoiselle est française... Moralité :
pour expulser un étranger il n'y a qu'à expulser les français qui vont avec !
Second exemple: un étudiant bengali, venu en france car comdamné aux travaux forcés au Bangladesh pour avoir participé à une manifestation pour la démocratie (un dangereux criminel donc),
est frappé d'une obligation de quitter le territoire. Sachant que l'OFPRA a refusé par 3 fois sa demande d'asile politique (pas assez de preuves de persécutions parait-il... les traces de
torture ne sont pas assez claires semble-t-il pour les juges), cet étudiant intégré, parlant français magistralement et engagé dans la vie de son campus (président d'une association d'étudiants
étrangers, organisateur d'une fête culturelle annuelle dans le campus, et élu étudiant dans les instances universitaires) sera ainsi expulsé en Septembre 2006 alors même que Nicolas Sarkozy
(alors à l'intérieur) promettait la veille au bureau national de l'UNEF de réexaminer ce dossier!
Troisième exemple: il y a peu, une famille tchétchène a été arrêtée et expulsée. Les gendarmes sont venus les chercher le matin alors que les enfants s'habillaient pour aller à
l'école... Une famille avec 4 enfants, est-ce dangereux? Les gendarmes ont du penser que oui, car ils sont venus à 14, et avec 5 véhicules...
D'où la question: Suis-je en France, en 2008?
Ces exemples navrants, tout comme les nombreux cas d'étudiants étrangers en butte aux refus de carte de séjour pour la faute énorme d'être en situation de redoublement (combien de français
redoublent chaque année à la fac? ce qui est en soi un problème tant ce chiffre est élevé...), ou les problèmes rencontrés par des étrangers venus pour des raisons médicales en France et renvoyés
dans leur pays dès la fin du protocole alors qu'ils nécessiteraient une surveillance de plusieurs années à la suite de ces soins, et ce malgré les vives protestations des équipes
soignantes montrent assez comment la "politique d'immigration" de monsieur Sarkozy tourne à la chasse à l'enfant, chasse aux amoureux, chasse aux malades ou chasse à
l'étudiant... et maintenant chasse aux personnes solidaies car quicomque aide un sans-papier est maintenant automatiquement considéré comme "aidant au séjour irrégulier" et tombe donc
sous le coup de la loi (amende et emprisonnement à la clé).
En d'autres temps, des français et des européens se sont dressés face à une sorte de barbarie. Il est temps de se
dresser contre le fanatisme de ce gouvernement qui renvoient de force dans leur pays des hommes, des femmes et des enfants qui sont des vraies personnes, de chair et de sang, parfois menacées de
mort à leur arrivée pour des raisons politiques ou ethniques, en se félicitant de "l'augmentation de 80% des reconduites à la frontière en 6 mois par rapport à l'an
dernier".
Derrière ce chiffre de 80%, combien de personnes brisées, combien d'hommes et de femmes humiliés car arrêtés et
menottés comme des criminels, combien d'enfants privés d'avenir et traumatisés à vie, combien d'enfants français également traumatisés par l'expulsion de leurs camarades de classe au nom de
l'identité nationale? Derrière ces mots de "reconduite à la frontière" se cachent sournoisement les humiliations et les coups, les embarquements de force et les mensonges des "forces de
l'ordre".
Les Français, les Belges, les Anglais et tous les Européens doivent ouvrir les yeux et comprendre que cette politique inhumaine bafoue toutes les conventions des droits de l'homme, de
l'enfant et des réfugiés signés par les pays européens et la plupart des pays occidentaux, et que ce n'est tout simplement pas acceptable en 2008 pour des citoyens responsables et soucieux
de l'intérêt de leur pays. Nicolas Sarkozy et son gouvernement menacent la paix civile comme la paix sociale avec leurs politiques de régression et de terreur. Citoyens, il faut entrer en
résistance!
Aline Weber
Nous reproduisons ci-dessous l'article de nos camarades du bas-rhin.
La directive de la honte adoptée ce matin à la majorité…
…malgré la mobilisation de nombreux citoyens, malgré le soutien de personnalités du spectacle
(Manu Chao…) et de responsables politiques nationaux et internationaux (Evo Morales, Jean-Luc Mélenchon, Marc Dolez, Marie Noëlle Lienemann, Francis Wurtz…) et malgré l'engagement des
organisations Bas-Rhinoises comme PRS, RESF, le PCF, l'UDEES, l'UNEF, les Verts, la LCR, la Cimade, Justice et Libertés…
Il y a eu 682 votants - 367 pour - 206 contre - 109
abstentions...
Il n'y aura pas de deuxième lecture, le texte étant
« acceptable » en l'état par le conseil des ministres de l'UE.
La prochaine étape sera donc celle de la transposition de ce texte dans les législations
internes des 27 Etats membres de l'UE, il va falloir rester vigilants!
Merci à tous pour votre mobilisation. Même si c'est un coup dur, la campagne ne
s'arrête pas là, l'immigration sera au cœur de la présidence française de l'UE et nous n'allons pas baisser les bras...
Dans la presse locale (Dernières Nouvelles
d'Alsace):
Derrière la grande banderole « Laissons les grandir ici » déployée par le Réseau éducation sans-frontières en lisière du parvis du Parlement, 400 personnes
manifestent ce mardi en fin d'après-midi contre le projet de directive « retour » discuté en journée dans l'hémicycle.
Pour l'occasion, les Verts, la LCR, PRS, le PCF, l'Unef - et d'autres - ont fait le déplacement avec tracts et banderoles.
« Une présence discrète
La possible venue de Manu Chao est sur toutes les lèvres. Le texte à
l'origine de la manifestation lancée par la Cimade n'est toutefois pas oublié.
« Le projet prévoit de porter la durée maximale de rétention à 18 mois [en France elle est de 32 jours, ndlr], d'autoriser la détention de mineurs isolés et d'interdire de territoire
pendant cinq ans les personnes reconduites. En termes de droits de l'homme, le recul est terrifiant », déplore ainsi Françoise Poujoulet, déléguée régionale de la Cimade.
Même son de cloche à quelques mètres de là. Marie, Myriam et Catherine, toutes trois enseignantes, sont venues pour la première fois à une manifestation de soutien aux sans-papiers.
« Il y a quelques mois, un ami camerounais a été arrêté menottes aux poings puis expulsé quelques semaines plus tard. J'ai été très choquée. C'était quelqu'un de parfaitement intégré. Il n'a
même pas pu terminer ses études », lance Marie, serre-tête et trench pastel..
« Je suis contente de voir qu'il y a des gens de tous âges. Des gens qui n'ont pas oublié ce qu'ils ont vécu pendant la guerre », appuie Catherine, cheveux blancs courts et regard
clair.
Invité par Vanessa Viera, de l'Union des étudiants étrangers de Strasbourg, Manu Chao arrive discrètement vers 19h, entouré de quelques amis. Pas d'interviews pour ne pas
voler la vedette aux organisateurs - l'intention est louable. Mais une présence discrète et néanmoins très remarquée- le chanteur se prête de bonne grâce au jeu des photos, avant de
repartir en tram ( !) la manifestation terminée.
La directive est soumise au vote des eurodéputés aujourd'hui en première lecture. »
Manuel Plantin
(un grand bonjour à la camarade Vanessa dont on parle ci-dessus, et au plaisir !)